Je suis à Grenoble et on va se faire un remake à la Heidi : vélo, nuit en tipi et rando !

Se mettre au vert, à Greenoble

Quelques craies saupoudrent joyeusement le tableau. D’une écriture arrondie, se dessine un sinueux Jeudi 02 septembre, à la main légère et sérieuse. Les cartables trébuchent sur les tables et les rires résonnent dans les couloirs. La rentrée. On se laisse happer par le flot incessant de ce mot, répété, rabâché, comme si on pouvait l’oublier. Mais on était bien, nous, en vacances. Alors, on fait quoi ? On repart ? On repart.

Vous avez dit Heidi ?

Si on me cherche, dites-leur que je suis parmi les herbes folles et les champs de fleurs ; à respirer l’air bleuté des sommets enneigés. Le soleil du petit matin épouse ma peau dorée et m’enveloppe de sa douceur d’été. Je me prélasse. Je contemple. Devant moi, une langue terreuse embrasse un tapis d’herbe grasse. Sauvage, en pagaille, la vallée verte de la Chartreuse a le charme des campagnes anglaises… Le vertige des montagnes en plus. « Allez, on continue ! », la voix enjouée de notre guide m’extirpe de mes pensées ! Je sillonne actuellement l’Espace naturel sensible de la Tourbière du Peuil, à Claix, l’une des rares zones humides du massif du Vercors. Qui aurait pu imaginer qu’un tel décor puisse exister, à seulement 30 minutes de Grenoble ?

Dodo, boulot, rando

Mais revenons un peu en arrière, lorsqu’au détour d’une conversation à Vienne, on m’assure que « Grenoble est une ville verte ! ». Quoi ? Qu’entends-je ? Qu’ouïs-je ? Impossible !, m’exclamais-je alors. L’interjection se transforma vite en invitation : venir explorer Grenoble et découvrir tous les recoins nature dont elle se dote. Car « si, visiter Grenoble de façon écoresponsable, c’est possible ». Mission acceptée.

C’est comme ça que, de très bon matin, j’me suis retrouvée à bord d’un train direction Grenoble. Le paysage défile à vive allure sur ma gauche tandis qu’à ma droite se love sur son siège Elise Chevillard, journaliste chez Babel Voyages. Nous nous étions rencontrées en janvier dernier, lors de mon épopée en République dominicaine. Heureuses de nous retrouver enfin (même si on se parle quasiment tous les jours depuis, hihi) ! On a troqué nos tongs insulaires et chaussé nos baskets de randonnées, viré le chapeau de paille pour visser la casquette et on s’est payé quelques muscles aux mollets (non, c’est faux.). Au programme ? De la rando, des balades à vélo, des marchés Bio, des nuits en tipi, des fous rires à la ferme et des déjeuners de champions. Prêts ? Partez !

Sommaire

Feuilles au goût camembert, cheveux au vent et nuit en tipi

Confortablement nichée aux pieds des massifs de la Chartreuse, de Belledonne et du Vercors, la métropole de Grenoble peut se targuer d’être un excellent camp de base. « Au bout de chaque rue, une montagne », disait Stendhal. Il est alors aisé de partir à l’aventure, sur la pause du midi, entre deux réunions ou après le boulot, le temps de s’aérer l’esprit et de taquiner le Mike Horn qui sommeille en nous. (Bon, perso, le mien fait pas mal de grasses mat’.). Hop ! En 10 minutes, on file vers de plus vertes contrées sur notre fidèle destrier : j’ai nommé, le vélo. Dans la plaine de Reymure, à Varces, nous voilà élancées à travers champs, pour rejoindre les jardins de Malissoles et le marché paysan Méraki.

Sur place, aux Jardins de Malissoles, c’est pas moins de 4 hectares de culture légumière et un demi-hectare de serres froides, 50 espèces et 150 variétés anciennes et récentes. C’est pas mal ! L’équipe est passionnée, familiale et heureuse de nous « accompagner, de la racine jusqu’au pétale ! ». Il y a des plantes qui se mangent (goût camembert, huître, bonbon…), des framboises qui se cueillent, des pieds de vigne qui proposèrent et des aromates qui sentent bon ! Le tout bio, produit dès la graine et prêt à être planté dans notre jardin… ou vendu au marché paysan Méraki, situé à deux coups de pédale de là.

Méra-quoi ? Méraki, du grec μεράκι, qui signifie « faire quelque chose avec amour et créativité, en y mettant toute sa conscience ». C’est un collectif de producteurs et paysans qui organise, tous les mercredis après-midi, un grand marché convivial et gourmand. Sur place : fromages, miel, pains, pâtes, fruits et légumes Bio, œufs, confitures, charcuterie… et même une immense balançoire vue montagne, un bar et un barbier !

Au dodo dans mon tipi

L’air boisé et frais de la montagne me chatouille le visage et emmêle malicieusement mes cheveux. L’altitude se fait ressentir, en douceur. 1 100 mètres. Nous sommes au cœur du Parc naturel régional du Vercors, sur le plateau tranquille de la commune de Saint-Nizier-du-Moucherotte. Vingt minutes depuis Grenoble. « Bienvenue chez nous ! » chantonnent Sylvie et François. Ce soir, nous dormons, Elise et moi, à la Ferme Rony, dans des tipis-chalets. En voilà une architecture bien insolite. Spacieux, on peut y dormir à six ! Nous en avons un chacune, même si un invité surprise s’est joint à moi durant la nuit… J’espère avoir piqué votre curiosité ! (Haha.)

Deux chevaux paissent l’herbe frivole du pâturage voisin, tandis que la montagne gronde au loin. « Vous arrivez au bon moment, l’orage arrive ! ». Une petite laine plus tard, et quelques photos prises à la volée, je rejoins Elise à table. Ce soir – et comme tous les autres soirs, ici – c’est Sylvie la cheffe. Elle régale les papilles comme personne, avec des produits Bio et issus de la ferme – du 100 % local pour sa table d’hôtes ! Au menu : un divin gratin de pommes de terre (et je pèse mes mots), assorti d’une salade vinaigrette et d’un pâté en croûte. Pour le dessert, un fondant au chocolat. François assure le service. Merci encore, à vous deux ! Le ventre bien tendu, on roule part se balader. Le ciel essore ses dernières gouttes et se fend d’un joli arc-en-ciel. Des nuages roses nimbent l’horizon et réchauffent le décor. C’est parti pour une marche digestive !

Il est 23 heures passées, je regarde la lune depuis la lucarne de mon tipi. Tout semble suspendu. Les étoiles vivotent aux côtés de l’astre nocturne. Mes yeux se sont habitués à l’obscurité et distinguent de mieux en mieux ma cabane. J’ai pris place tout en haut du chalet, un vrai petit nid douillet ; mon cocon. Je m’endors paisiblement, l’air du soir m’enveloppe et me berce.

Réveillée par une fraîcheur vespérale, je déplie la couette à côté de moi. Bzzz, bzzzh, bzzzhzhzz. Oh, oh, c’est pas bon ça. Je suis tétanisée, il y a une énorme guêpe, un frelon ou un taon (Charles Ingalls ?) emmitouflé.e dans le duvet ! J’essaye de réfléchir à la meilleure solution. Je regarde la grosse couette, la petite lucarne… Ouais c’est chaud ça passera jamais ; en plus il pleut à verse dehors. Je bugue pendant 10 minutes. Et, après moult réflexion, décide que si je ne peux pas faire déguerpir la bestiole, c’est moi qui partirai. Ha ha ! Qui c’est qui fait moins la maline, maintenant !? J’ai l’embarras du choix, en bas, il y a une chambre avec deux lits et le salon avec deux autres. Je m’allonge sur le premier devant moi, exténuée.

Un doux ronronnement vient habiller mes rêves… J’ouvre les yeux ! La Bête. Elle s’est échappée ! Plutôt matinale, celle-là ; il est à peine 6 heures. Je la vois, tranquille, pénarde à rôder dans mon tipi ! Portes, fenêtres, tout y passe, j’aère ! Allez, va retrouver ta famille et tes amis. On aura toutes les deux une histoire à raconter à nos proches, aujourd’hui ! Charly m’aime bien, elle reste. Je décide d’aller prendre l’air. Tout est calme. Je savoure le silence et guette chaque particule de rosée qui s’égrène dans les brins d’herbe ; ces diamants dans les toiles d’araignée, ces petits firmaments dans le pêle-mêle des fleurs dorées. On est drôlement bien là, quand même.

En mode JO : randonnée et biathlon d’été

Avec ses quatre massifs alpins (Vercors, Chartreuse, Belledone, Taillefer) et le souvenir ubiquiste des Jeux Olympiques d’hiver en 1968, Grenoble promet de belles et grandes aventures. À entendre les différents témoignages autour de moi, en chaque âme grenobloise s’incruste l’effervescence sportive. « On ne s’installe pas ici, si on n’aime pas les défis ! » Vivre à la montagne, c’est forcément viser les sommets, se dépasser. Les Alpes enseignent l’amour du risque et la volonté d’aller toujours plus loin. Ah bah, on a le goût de l’effort ou on ne l’a pas, hein !

Ce matin, on y va mollo. On se promène à l’ENS du Peuil et on teste la boucle « Découverte de la tourbière ». L’une des rares zones humides du massif du Vercors. Essentiellement calcaire, la nature ne prospère généralement pas dans ce genre de lieux. Et pourtant… Le site contient un précieux écosystème avec des espèces végétales et animales rares. Une balade facile, à faire en famille. Au programme : une vue imprenable sur Belledonne, aux pieds des balcons du Vercors.

Un merveilleux plaid de fleur recouvre entièrement la prairie. Quelle beauté ! La prairie a d’ailleurs été primée au Concours général agricole des prairies fleuries (1er prix national 2017). Ce concours récompense des pratiques agricoles qui s’appuient sur la biodiversité. Et ça, c’est grâce aux brebis ! Car sans elles, la forêt avancerait et toutes les espèces rares présentes aujourd’hui disparaîtraient… 220 espèces de plantes mais aussi des oiseaux comme le Pic noir ou la Pie-grièche écorcheur, des papillons, des libellules, des prairies de fauche aux fleurs nectarifères, des pelouses sèches riches en orchidées, des zones tourbeuses ponctuées de linaigrettes et des forêts de hêtres et de sapins.

Randonnée à l’ENS de la tourbière du Peuil, avec Cyrille Crionnat, technicien sentiers de Grenoble-Alpes Métropole et Chris Dupoux, attractivité et promotion du territoire.

J’inspire. J’expire. Je vise. Je bloque. Je ferme les yeux… Et je tire.

C’est par ce mantra que commence chacun de mes tirs. La précision et la maîtrise de soi suspendent le moment. Le monde autour de moi se fige. Je fixe le regard sur ma cible et bloque ma respiration. Le battement régulier de mon cœur ralenti… Le calme… Cling ! Le rond se noircit. Bingo ! Je l’ai eue ! « Normalement, si tu bloques tout parfaitement, tu peux fermer les yeux, tirer et atteindre ta cible. » J’essaye. Après quelques foirages, le suivant tombe dans le mille ! Sah, quel plaisir ! La fierté s’empare de moi. Y a pas à tortiller, le tir à la carabine fait carton plein, auprès d’Elise et moi. On adore ! En plus, le lieu où l’on s’exerce est vraiment canon : au Col de Porte, au cœur du Parc naturel régional de Chartreuse. C’est ici que les futur.es champion.nes s’entraînent au biathlon. L’été, l’épreuve du ski de fond est remplacée par du ski sur roulettes. À tester !

À bicyclette, à regarder de bon matin tous ces arts urbains…

Chasser le graffiti, à vélo, sous le soleil matutinal de Grenoble, je dis oui ! Accompagnées par la guide conférencière de l’Office de Tourisme, Barbara Martins Estrozi, nous sillonnons les ruelles et boulevards, de fresques en pochoirs. Depuis 2015, le Street Art Fest ! de Grenoble (le plus grand festival street art d’Europe !) a permis à plus de 200 œuvres de voir le jour. « Au bout de chaque rue… une œuvre ! » aurait pu dire Stendhal. Où que l’on soit dans l’agglomération grenobloise, notre regard s’amuse à rebondir là où l’art s’est apposé. Un tableau à ciel ouvert, un musée qui ne ferme jamais, et chaque année, la collection se renouvelle et s’agrandit. Un petit (ou grand) tour à faire, comme nous, à vélo, à pied ou même en tramway.

« Les Alpes c’est un pays profond où le ciel,
fatigué d’être bleu,
s’est allongé sur la montagne. »

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Merci à l’Office de Tourisme de Grenoble-Alpes Métropole pour l’invitation. Pari relevé haut la main ! Aller à Grenoble pour un week-end écoresponsable, c’est totalement possible, et c’est même vivement recommandé ! D’ailleurs, Grenoble vient d’être élue Capitale Verte Européenne 2022. Cette distinction vient récompenser l’engagement de la ville pour l’environnement et le développement durable : plus de 15 % de la consommation énergétique locale est renouvelable, les émissions de gaz à effet de serre ont été réduites de 23 % entre 2005 et 2018, 500 arbres ont été plantés depuis 2014 et c’était la première à interdire l’utilisation des produits phytosanitaires dans ses espaces verts. Grenoble sans voiture ? C’est possible : tramways, pistes cyclables, réseaux de bus et bientôt téléphérique urbain. Ouvrez l’œil, en 2022, les bulles de la Bastille se mettent, elles aussi, au vert ! 

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